Calendes Grecques : repousser indéfiniment la réalisation d'une action, à une date inconnue autrement dit jamais !!!

Article de La Provence  du 03 février 2018 :

Le projet a été mis sur la table en 1995. Et 23 ans plus tard, après quelques tentatives pour le sortir des cartons, il n'a toujours pas été amorcé. Pire, le rapport du Conseil d'orientation des infrastructures (COI), rendu public il y a deux jours, semble condamner une réalisation rapide du contournement autoroutier d'Arles. Il est pourtant présidé par Philippe Duron, celui-là même qui avait classé le dossier comme prioritaire en 2013, dans le rapport Mobilité 21. Or, aujourd'hui, d'autres projets sont privilégiés par rapport au contournement d'Arles, qui n'est pas abandonné, mais qui serait reporté au-delà de 2037 ! Ce serait un peu mieux si l'État consentait un effort significatif en termes d'investissements sur les infrastructures de transport, mais le calendrier, qui prévoyait aux dernières nouvelles une mise en service de ce tronçon autoroutier de 26 kilomètres en 2025, sera de toute façon encore retardé.

En pays d'Arles, la pilule a du mal à passer. "Je ne veux pas qu'on recule encore", lâche Monica Michel. La députée de la XVIe circonscription des Bouches-du-Rhône n'entend pas renoncer, jusqu'aux arbitrages définitifs qui seront rendus par la ministre des Transports Élisabeth Borne, le Premier ministre, et le président de la République. Avec des élus locaux, dont le maire d'Arles Hervé Schiavetti, et des représentants de la Chambre de commerce et d'industrie, elle plaidera la cause du pays d'Arles ce mardi, à Paris, lors d'une réunion demandée de longue date à Philippe Duron.

"Il y a maldonne, on a pu imaginer qu'il n'y avait pas de consensus sur le territoire, les services de l'État n'ont pas complètement fait part au COI de la mobilisation locale sur ce dossier depuis 4 mois, et de la maturation des esprits, comme l'a mis en évidence la session des assises de la mobilité, estime Monica Michel. Il faut faire entendre notre voix. Il est important que monsieur Duron réalise que la communauté du pays d'Arles est mobilisée !" Un dossier complet a été préparé pour le rendez-vous parisien. Celui-ci met en avant plusieurs arguments pour la réalisation du contournement d'Arles, dont l'aspect sanitaire. "Il y a une notion qui n'est pas suffisamment prise en compte, c'est la santé publique, martèle la députée. Nous avons 4 500 riverains à environ 100 mètres de la RN 113. Ce contournement autoroutier, c'est une nécessité, pas un confort !" D'autant que cette réalisation permettrait aussi d'améliorer la sécurité des Arlésiens, selon l'élue, qui cite en exemple l'accident entre un camion et un utilitaire qui a bloqué la 113 pendant de longues heures, lundi après-midi. "Heureusement que le camion ne transportait pas de matières dangereuses, souligne Monica Michel. Mais on ne peut pas laisser cette situation en l'état."

Un avis partagé par Stéphane Paglia, président de la CCI du pays d'Arles, qui sera aux côtés de la députée mardi à Paris. "Ce projet est dans l'intérêt général, la porte de la Région vers l'Espagne c'est ce tronçon de route", commence-t-il, avant d'insister sur son domaine de compétence. "Moi, je défends aussi le volet économique, et si on veut que les entreprises s'implantent, il faut aussi des infrastructures en face." Ici, comme dans le nord du pays d'Arles, où la LEO est elle aussi renvoyée aux calendes grecques.

Reste à espérer, comme Robert Rocchi, président du CIQ de Pont-de-Crau et fervent défenseur de l'autoroute, que la délégation arlésienne conduite à Paris par Monica Michel soit suffisamment convaincante. "À la députée de montrer qu'elle a un poids suffisant pour inverser le cours des choses, elle a fait de ce dossier son cheval de bataille, notre dernier espoir repose sur elle. Mais on serait proprement scandalisé si tout était repoussé au-delà de 2030 !"

Que dit le rapport du Conseil d'orientation des infrastructures ?

Le rapport du Conseil d'orientation des infrastructures ne remet pas en cause la pertinence du contournement d'Arles. "Le projet vise à la fois à achever un important axe de transport Est-Ouest entre l'Espagne et l'Italie et à libérer la ville d'Arles de la très forte pression exercée par un trafic de transit très intense qui circule au contact de quartiers densément habités. (...) Le Conseil juge indispensable de trouver dans les meilleurs délais une solution aux problèmes de la traversée de la ville d'Arles par les trafics en provenance d'A54. Il observe que le tracé du projet actuel ne fait pas entièrement l'unanimité au plan local et soulève des difficultés dont toutes n'ont pas encore été entièrement solutionnées en lien avec le caractère inondable des espaces traversés. Dans ce contexte, le Conseil recommande la poursuite de la concertation et des études en vue de déterminer rapidement la solution technique la mieux adaptée et sa mise en oeuvre dans les meilleurs délais." C'est peut-être ce dernier élément, engendrant un surcoût de 150 M€ (à rajouter aux 580 M€ initialement prévus à la charge du concessionnaire), qui est perçu comme un handicap par rapport à d'autres dossiers. D'où la recommandation du Conseil de prévoir la poursuite des études et des procédures du projet de contournement d'Arles en vue d'un engagement des travaux dans le cadre d'une concession à partir de 2038 pour le scénario 1 du rapport, qui n'affecte aucune ressource supplémentaire aux transports et mobilise 48 Mds € pour l'agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) sur 20 ans. Pour le scénario 2, avec une enveloppe de 60 Mds € en 20 ans pour l'AFITF, les travaux débuteraient sur la période 2028-2032. Et ils commenceraient sur la période 2023-2027, pour le scénario 3, qui impliquerait un financement de 80 Mds € en 20 ans pour l'AFITF. Il n'y a plus qu'à espérer que l'État soit généreux...

Christophe Vial

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