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Les corridors établis il y a 20 ans

 

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L’Union Européenne a élaboré un programme de développement des liaisons commerciales par route, fer et eau. Ce programme nommé RTE-T vise à permettre la circulation plus rapide et sécurisé des flux de marchandises et de personnes. Neuf « corridors » ont été choisis dans toute l’Europe dont un corridor méditerranéen qui doit permettre une meilleure liaison entre les pays de la méditerranée orientale et ceux de la méditerranée occidentale.

Le corridor méditerranéen est ainsi une ligne transversale qui traverse l’Europe d’Est en Ouest. Il est connecté à plusieurs autres corridors : Au Corridor Atlantique à Madrid ; au Corridor Méditerranéen – Mer du Nord à Lyon et à Marseille ; au Corridor Rhin – Alpes à Novare et à Milan ; au Corridor Baltique – Adriatique à Venise, Bologne et Ravena ; et au Corridor Oriental – Est Méditerranéen et au Rhin – Danube à Budapest.

Pour des raisons inexpliquées, ce corridor méditerranéen arrive d’Italie du sud par Turin jusqu’à Lyon où il redescend par la vallée du Rhône vers Montpellier, Perpignan, Barcelone, Madrid et Lisbonne. Une branche permet toutefois d’étendre ce corridor vers Marseille.

Le programme européen concernant le corridor méditerranéen trouve sa déclinaison nationale dans un programme appelé « CLYMA » C pour corridor, LY pour Lyon et MA pour.. non pas Marseille mais Madrid ! (ceci explique la rapidité de construction du contournement autoroutier de Montpellier et de la nouvelle ligne TGV vers Perpignan).

Ainsi donc, ce corridor ignore superbement un axe très important et très fréquenté passant par Gênes, Nice, Marseille avant de rejoindre Nîmes et Montpellier.

D’ailleurs les acteurs économiques marseillais ont vivement réagi, saisissant l’opportunité de la révision en 2018 des neuf corridors européens de transport (RTE-T) définis en 2013 par la Commission européenne, le port de Marseille-Fos, l’association Ferrmed et les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Ligurie plaident en faveur du raccordement de l’axe Marseille-Gênes au corridor mer du Nord-Méditerranée. Une déclaration commune a été adoptée en ce sens le 12 décembre dernier à Marseille, à l’hôtel de région par les partenaires. Mais là encore, la liaison vers l’Espagne n’est pas évoquée.

Pourtant le trafic sur l’axe Nice- Perpignan via Arles est en constante augmentation tant pour les ensembles routiers que pour les véhicules légers ( on prévoit 80 000 véhicules /jour sur la N113 en 2020 dont 20 % de poids lourds).

On peut rêver et se dire que si l’axe Gênes-Perpignan via Arles avait été choisi comme corridor par l’Union Européenne, notre contournement serait achevé depuis belle lurette et le PLU de notre bonne ville aurait une autre figure !

Je m’interroge sur ce non choix de corridor passant par Gênes. Est-ce une volonté délibérée de politiques influents qui pour des raisons personnelles ont œuvré pour que le pays d’Arles ne soit pas traversé par un de ces satanés corridors qui asphyxierait grenouilles et taureaux ? Est-ce un travail insuffisant des acteurs économiques de PACA incapables de proposer un dossier économique irréfutable ? Est-ce enfin une méconnaissance des décideurs anglo-saxons de la commission européenne à Bruxelles  de la réalité économique du sud de la France considérant que, envahie par la salicorne, la Camargue doit être préservée pour leurs vacances ?

Les instances européennes, par leur choix ne portent-elles pas une part de responsabilité dans la tragédie de Gênes et l’effondrement du pont Morandi ? On peut imaginer que si le corridor méditerranéen passait par Gênes, ce pont aurait fait l’objet d’une attention soutenue et qu’en temps utile des financements auraient été dégagés pour le consolider ou en construire un neuf.

Une dernière réflexion plus générale, je constate avec une grande amertume que l’Europe est dominée par les pays du nord qui orientent à leur profit les décisions concernant les aménagements économiques. Comment interpréter le choix du passage du corridor méditerranéen par Turin si ce n’est en pensant qu’il permet avant tout de connecter l’Italie centrale à l’Europe du nord accessible plus facilement par Turin et Lyon que par Gênes et Nice. C’est pourtant bien l’analyse qui est faite par M.Laurens Jan Brinkhorst, ex ministre néerlandais, coordinateur pour le corridor méditerranéen sur le site de l’Union Européenne. On peut lire entre autre :

 « Le corridor mesure environ 3000 km de long. il fournira un lien multimodal pour les ports de la Méditerranée occidentale avec le centre de l'UE. » (https://ec.europa.eu/transport/themes/infrastructure/mediterranean_en)

C’est ignorer superbement qu’il existe un bassin économique méditerranéen Européen qui lie la Grèce, l’Italie, le sud de la France, l’Espagne et le Portugal sans oublier les pays slaves qui bordent l’Adriatique.

 Roland PASTOR